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Piégés derrière l’escroquerie : Redonner dignité et espérance aux survivantes et survivants de la traite

La traite des personnes ne cesse de prendre de nouvelles formes. À mesure que la technologie progresse, les trafiquants s’adaptent eux aussi, utilisant les réseaux sociaux, les plateformes en ligne et des stratégies de recrutement trompeuses pour exploiter celles et ceux qui recherchent de meilleures opportunités. Une offre d’emploi qui promet espoir et avenir peut rapidement mener à la peur, aux abus et à l’exploitation.

L’histoire d’Ayu [1] illustre bien cette douloureuse réalité. Ayu a quitté l’Indonésie après avoir accepté ce qu’elle croyait être une véritable offre d’emploi proposée par un ami en qui elle avait confiance, pour finalement être exploitée aux Philippines. Elle a été emmenée de force dans un centre d’escroquerie en ligne, où elle a été contrainte de travailler dans la peur constante, sous la surveillance de gardes armés rendant toute fuite pratiquement impossible. Elle a vu de nombreuses autres personnes subir des menaces, des violences et des abus psychologiques avant d’être secourue grâce à la collaboration des réseaux Talitha Kum en Indonésie et aux Philippines, en partenariat avec l’International Justice Mission (IJM), et d’entamer son chemin vers la guérison. Aujourd’hui, elle milite en tant que survivante, utilisant sa voix pour dénoncer la réalité de la traite des personnes et contribuer à empêcher que d’autres ne subissent la même exploitation.

Son expérience met en lumière une réalité douloureuse qui se cache derrière le monde numérique. Derrière chaque message frauduleux, chaque faux projet d’investissement ou chaque escroquerie en ligne, il peut s’agir d’une personne privée de sa liberté, d’une femme ou d’un homme trompé par de fausses promesses, victime de traite transfrontalière et contraint par des réseaux criminels à se livrer à des activités illégales.

À l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains 2026, le thème « Trapped Behind the Scam » (Piégés derrière l’escroquerie) nous invite à regarder au-delà de l'écran et à prendre conscience des personnes qui se cachent derrière les crimes en ligne. La plupart des personnes piégées dans ces réseaux d'arnaque ne sont pas des criminels. Ce sont des victimes de la traite dont la dignité, la liberté et les rêves ont été volés.

En tant que Talitha Kum, réseau mondial de religieuses catholiques engagées dans la lutte contre la traite des personnes et toutes les formes d’exploitation, nous nous tenons aux côtés des survivantes et des survivants, et nous les accompagnons sur le chemin de la guérison, de la justice et de la réinsertion. Nous écoutons leurs témoignages, les accompagnons dans leur parcours et affirmons leur dignité, qu’aucune forme d’exploitation ne peut leur enlever.

Cette mission fait écho à l’appel lancé par le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica Humanitas, qui nous rappelle que la dignité humaine doit rester au cœur de tout développement social, économique et technologique. Le travail n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie ; c’est l’expression de la dignité humaine, une participation à l’œuvre créatrice de Dieu et une contribution au bien commun.

Aujourd’hui, la transformation numérique et l’intelligence artificielle offrent de formidables possibilités à l’humanité. Cependant, la technologie doit toujours être au service de la personne humaine. Elle ne doit jamais devenir un outil qui réduit les personnes à de simples instruments de profit ou d’exploitation.

La réalité de la criminalité forcée dans les opérations d’escroquerie constitue une grave atteinte à la dignité du travail. Les victimes de la traite sont privées de leur liberté, leurs capacités sont exploitées et leur humanité est niée. Elles sont traitées comme des marchandises plutôt que comme des personnes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Talitha Kum continue de dénoncer la traite à des fins de criminalité forcée comme une grave atteinte à la dignité humaine. Notre action va au-delà d'une simple opération de secours. Elle passe par la prévention, l'accompagnement des survivants, les partenariats et le plaidoyer. Nous travaillons avec les communautés, les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et la jeunesse pour nous attaquer aux causes profondes de la traite et ouvrir des voies vers la liberté et l'espérance.

Les jeunes sont profondément ancrés dans le monde numérique, ce qui ouvre des perspectives mais engendre également de nouveaux risques de manipulation et d’exploitation. C’est pourquoi la prévention et l’éducation sont essentielles. Cependant, les jeunes ne sont pas seulement vulnérables ; ils font aussi partie de la solution. Grâce à leur créativité, leur énergie et leur influence auprès de leurs pairs, ils peuvent devenir des acteurs de premier plan pour sensibiliser et instaurer une culture de la prévention. En les accompagnant et en leur transmettant des connaissances, des valeurs et des responsabilités, nous reconnaissons leur capacité à se protéger eux-mêmes, elles-mêmes, et à protéger leurs communautés. Nous sommes inspirés par l’engagement des Jeunes Ambassadeurs et Ambassadrices de Talitha Kum, qui sensibilisent leurs pairs et promeuvent une culture numérique fondée sur la vérité, la solidarité, la responsabilité et le respect de la dignité humaine.

En 2025, le réseau mondial Talitha Kum a touché plus de 1,2 million de personnes grâce à ses actions de prévention, de protection, de plaidoyer, de mise en réseau et d’accompagnement des survivantes et des survivants. Chaque chiffre représente une personne : une survivante ou un survivant qui retrouve sa liberté, un jeune qui incarne le changement, une famille qui retrouve espoir, ou une communauté qui fait le choix de la solidarité. Cet impact est rendu possible grâce à l’engagement de milliers de sœurs catholiques, de prêtres, de jeunes leaders, de survivantes et survivants qui militent, ainsi que de partenaires à travers le monde, qui transforment la compassion en actions concrètes.

Cependant, de nombreux défis subsistent, et notre travail est plus urgent que jamais. Les survivants continuent de traverser des épreuves difficiles alors qu’ils reconstruisent leur vie et cherchent des perspectives pour un avenir plus sûr et plus stable. Comme l’a confié un jeune survivant originaire d’Afrique :

« Pour l'instant, ma principale difficulté est que je n'ai ni emploi ni activité stable pour subvenir à mes besoins. Je fais de mon mieux pour trouver des opportunités et reconstruire ma vie… »

Ses paroles nous rappellent que la traite n’est pas seulement un acte criminel ; c’est aussi une atteinte à la dignité humaine qui met en lumière des inégalités sociales et économiques profondes, auxquelles nous devons apporter une réponse collective. Se libérer de l’exploitation n’est qu’un premier pas. Les survivantes et les survivants ont besoin d’opportunités, d’un accompagnement, de communautés solidaires et d’espérance pour reconstruire pleinement leur vie et retrouver leur dignité.

En cette Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains, engageons-nous à mettre au jour ce qui se cache derrière l'escroquerie, à écouter la voix des survivants et à défendre la dignité de chaque personne qui a été exploitée. Continuons à construire un monde où la technologie est au service de l'humanité, où le travail redonne sa dignité et où personne n'est jamais traité comme une marchandise.

Ensemble, tissons des réseaux d’espérance, de paix, de liberté et de justice, afin que chacun puisse vivre dans la dignité, la protection, l’amour et la paix qu’il ou elle mérite.

 

Sœur Abby Avelino, m.m.
Coordinatrice internationale de Talitha Kum

Journée mondiale de la lutte contre la traite des êtres humains 2026
 

[1] Le nom de la survivante a été modifié afin de protéger son identité.