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Unis pour la prévention : nouvelles formes et stratégies de prévention
Réflection de Soeur Abby Avelino, mm – Coordinatrice Internationale de Talitha Kum
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Du 15 au 17 avril, l’Alliance to End Human Trafficking (AEHT), le réseau Talitha Kum aux États-Unis, a tenu sa conférence annuelle à Boston sur le thème « Unis pour la prévention : nouvelles formes et stratégies de prévention ». L’événement a réuni environ 200 participants issus de divers secteurs et continents, a permis d’approfondir la compréhension des nouvelles formes de traite des personnes et a renforcé les approches collectives en matière de prévention. Dans un monde où la traite est de plus en plus complexe, numérique et transnationale, la conférence a appelé les participants à renouveler une collaboration plus forte et à mener des actions porteuses d’espoir.
Sœur Abby Avelino, MM, représentant le réseau mondial Talitha Kum, a souligné qu'aujourd'hui la traite des n’est pas un crime isolé, mais une réalité mondiale profondément interconnectée. Elle est façonnée par les systèmes de migration et de déplacement, la demande de main-d’œuvre et l’exploitation, les inégalités entre les sexes et la violence sexiste, les disparités économiques et les pressions environnementales. Ces systèmes ne fonctionnent pas uniquement à l’intérieur des frontières ; ils sont influencés par des politiques et des structures économiques mondiales dont les effets se font sentir dans toutes les régions. La prévention nécessite donc de reconnaître ces liens et d’y répondre de manière collaborative, au-delà des frontières et des systèmes.
Partout dans le monde, la traite des personnes devient de plus en plus invisible, organisée et transnationale, sous l’impulsion de réseaux criminels de plus en plus sophistiqués qui exploitent les plateformes numériques à des fins de recrutement et de contrôle. L'accès limité à des voies de migration sûres continue d'accroître la vulnérabilité, en particulier pour les femmes, les enfants, les migrants et les communautés autochtones. Si la traite se manifeste différemment selon les régions, des scam centers en Asie du Sud-Est à l'exploitation du travail au Moyen-Orient, en passant par les risques liés à la migration en Afrique, en Amérique latine, dans le Pacifique et en Amérique du Nord, ces réalités sont profondément interconnectées, reflétant la manière dont les choix politiques mondiaux, les systèmes de travail et les inégalités économiques façonnent et entretiennent l'exploitation.
Le réseau Talitha Kum a récemment constaté de nombreux cas concernant des jeunes originaires de régions africaines. Par exemple, un jeune Africain a été victime de traite, attiré par de fausses promesses d’emploi, pour être contraint au travail forcé au sein d’une opération d’escroquerie en ligne (scam center) au Cambodge. Son expérience reflète une dynamique mondiale croissante de recrutement trompeur, et la relation de plus en plus étroite entre la traite des personnes et la cybercriminalité. Ce problème touche des milliers de personnes à travers le monde et souligne l’urgence de comprendre ces dynamiques en constante évolution afin de renforcer les stratégies de prévention.
Ces réalités ont été soulevées lors des différentes sessions de la conférence, qui ont proposé à la fois des analyses critiques et des outils pratiques pour soutenir des efforts de prévention plus efficaces et mieux coordonnés.
Le père Greg Boyle, sj, a délivré un message poignant lors de son discours d’ouverture : « Nous sommes appelés à l’inclusion, à la non-violence, à l’amour inconditionnel et à l’acceptation compatissante. » La prévention, a-t-il souligné, n’est pas seulement structurelle, mais aussi relationnelle ; elle dépend de la manière dont nous percevons et accompagnons les personnes concernées.
Des survivant(e)s à la traite réunis lors d’une table ronde ont délivré des témoignages poignants, ancrant les discussions dans des expériences vécues et rappelant aux participant(e)s qu’une prévention efficace doit s’appuyer sur le point de vue des survivant(e)s. Les survivant(e)s ont non seulement partagé leurs expériences, mais ont également contribué activement à l’élaboration des stratégies de prévention. Leur rôle moteur a confirmé qu’une prévention efficace repose sur l’expérience vécue, la dignité et la sagesse des survivant(e)s.
Des groupes de discussion animés par divers intervenants et experts ont permis d'approfondir les défis en constante évolution, notamment la traite numérique et l'intelligence artificielle, le « grooming » psychologique, les solutions de logement centrées sur les survivant(e)s, les réponses en matière de soins de santé, l'interaction avec les systèmes juridiques, l'autonomisation économique et les indicateurs de la traite. Ces discussions ont mis en évidence l'évolution rapide de l'exploitation, favorisée par les technologies.
Sœur Abby a fait remarquer que, sur la base de l'expérience mondiale de Talitha Kum, la prévention doit être ancrée dans la dignité, la responsabilité partagée et des approches centrées sur les survivant(e)s. Cela nécessite de renforcer les capacités locales, d'autonomiser les jeunes, de garantir des voies de migration sûres et d'améliorer l'accès à des informations précises. Les réseaux d'inspiration religieuse jouent un rôle clé en accompagnant les personnes vulnérables, en sensibilisant le public, en plaidant pour la justice et en reliant les réalités locales aux politiques mondiales.
Enfin, la conférence a réaffirmé que la prévention n’est pas une action isolée, mais un engagement mondial commun. La traite des personnes n’est pas seulement un crime contre des individus ; c’est aussi la conséquence de systèmes qui peuvent et doivent être transformés.
Être unis dans la prévention, c’est reconnaître que nos actions sont étroitement liées au-delà des frontières. Cela nous invite à mettre en place des systèmes qui protègent la dignité, multiplient les opportunités sûres et placent les survivant(e)s au cœur de la transformation. Protéger la dignité humaine partout exige que chacun assume ses responsabilités partout.

